Mon parcours

Parcours atypique et réflexions d’un « inventeur lambda » passionné

Je suis né au début des années 30, dans une famille d’origine paysanne. A l’époque, si on ne disposait pas de moyens suffisants, on arrêtait ses études pour apprendre un métier. Il faut dire que, fort heureusement pour l’économie et l’évolution sociale, « l’assistanat destructeur » n’existait pas.

J’ai ainsi accumulé des acquis dans le travail manuel : chaudronnerie, tôlerie, soudure. Passionné de mécanique et bricoleur par nécessité, tout un ensemble de savoir-faire m’a permis dans les années 60 de rénover entièrement une maison, avec l’aide d’un maçon.

Fort de cette expérience et du résultat, j’ai poursuivi cette aventure en construisant, pour ainsi dire seul, avec un manœuvre, 4 maisons en 5 ans, au début des années 70. « Dur dur le bâtiment ».
(Voir les photos ci-dessous, prises en juin 2003, soit 30 ans après leur construction. Cliquer sur chacune d’elles pour l’agrandir.)

Force est de reconnaître que le travail manuel demande de l’observation, de la réflexion, une compréhension des matériaux à utiliser afin d’obtenir le résultat le meilleur et le mieux adapté à l’usage qui doit en être fait (comme savent aussi le faire les bons cuisiniers avec les produits et les ingrédients qu’ils utilisent), toute une culture qui apporte un savoir et un savoir-faire qui stimulent et activent l’imagination inventive.

Dur le bâtiment, mais plus dur encore le parcours d’un inventeur indépendant. L’invention nécessite souvent des années de travail, de dépenses, de ténacité. Il arrive parfois, avec beaucoup de chance, qu’une PME accepte d’exploiter une invention, quand il s’agit d’une « niche », d’un petit marché, ce qui limite les risques pour la PME, compte tenu des charges et des frais à engager.

Si les dites inventions brevetées étaient diffusées aux entreprises françaises, et ces dernières moins frileuses à s’ouvrir à des inventions d’inventeurs indépendants, ce serait probablement plus positif pour notre économie et notre évolution sociale que de voir des inventeurs dans l’obligation de s’orienter vers des pays étrangers et de leur accorder une cession ou une concession d’exploitation de leurs brevets.

Concernant les inventions offrant la perspective d’un marché important, les grandes entreprises par leur « élitisme », et les grandes sociétés de distribution, (probablement soumises aux décisions des actionnaires), « ignorent » en général les inventions d’inventeurs indépendants. Peut-être aussi parce que la plupart des personnes qui sont à l’origine d’inventions et/ou de brevets d’invention, ont une culture technique et/ou manuelle.

L’idéal pour un inventeur ou pour une PME fabricante de son produit breveté, si le marché est trop important pour sa structure, serait de vendre son brevet (à un prix raisonnable), afin de se consacrer à une autre invention, comme le font la plupart des créatifs. En particulier les écrivains, les compositeurs, dont les dépenses sont 10 fois, 100 fois, voire 1000 fois moins importantes, et qui en plus ont la chance de percevoir des droits d’auteur à vie, ainsi que leurs ayants droit, pendant 70 ans après la disparition des auteurs ! De plus, ces derniers ont aussi l’avantage d’être très bien soutenus juridiquement.

En ce qui concerne la contrefaçon des droits d’auteur, la règle de droit est différente du régime actuel pour la contrefaçon de brevets et bien plus avantageuse pour la victime de la contrefaçon : l’auteur peut être indemnisé par la confiscation à son profit de tout ou partie des recettes du contrefacteur (article L. 335-6 du Code de la propriété intellectuelle).

Suivant le magazine FNAFI INFO n° 39 de juin 2007, au chapitre du CONTENTIEUX DES BREVETS EN FRANCE, rédigé par Georges de Monestrol, fréquemment, les bénéfices illicites injustement réalisés du fait de la contrefaçon sont très supérieurs aux gains manqués par les titulaires de droits contrefaits, donc si le gain manqué est de 1 et les bénéfices illicites du contrefacteur de 10, le tribunal accorde une indemnisation de 1 à la victime de la contrefaçon et le contrefacteur garde après condamnation les 9/10e de ses profits illicites !! (article 1382 du Code Civil). Il y a donc deux poids et deux mesures.

Face à ces aberrations voulues ou non, il est facile de comprendre la frilosité des entreprises à s’engager dans une demande de brevet et dans son exploitation.

Principe de précaution : Le secrétariat d’état à l’écologie, rappelle que le principe de précaution est une ouverture à une économie d’avenir, un grand marché planétaire, qu’il est nécessaire d’innover en la matière et de protéger les innovations par des brevets (Grenelle Environnement, octobre 2007) !

Il existe en France près de trois millions de PME. Grâce à leur savoir-faire, à du personnel hautement qualifié, et à leur souplesse d’adaptation à la fabrication de nouveaux produits, ces PME sont très compétitives sur le plan international, « malgré ce qu’on nous rabâche », (innovez, déposez des brevets !), compte tenu du CONTENTIEUX DES BREVETS EN FRANCE, on décourage, de manière discriminatoire et pour le moins insensée, les PME et les inventeurs indépendants à prendre des risques. Cette situation qui existe depuis longtemps en France, et qui semble vouloir perdurer, a été, et reste très dommageable pour l’économie et l’évolution sociale de notre pays, à plus forte raison que si les PME délocalisent c’est pour une autre région de notre pays, ou éventuellement en Europe, mais pas à l’autre bout du monde comme peuvent le faire les grandes sociétés.

L’important avant tout, c’est de pouvoir exploiter le potentiel de possibilités que chacun possède en soi. Ce n’est jamais sans difficulté, mais toujours positif et enrichissant. L’alternance pour tous, à partir de 15 ou 16 ans, donnerait un aperçu général de la vie active (comme cela existe dans certains pays dont les résultats se traduisent par une économie forte), permettrait une meilleure évolution sociale, et réduirait considérablement le chômage et l’oisiveté. Cette confrontation avec la réalité dans différents domaines leur donnerait un aperçu des possibilités d’adaptation de chacun et développerait leur polyvalence. Passer une semaine par mois dans différentes entreprises, soit environ un an sur cinq ans, serait probablement plus positif que n’importe quel service, militaire, civil ou civique. Autrement dit, une alternance qui pourrait combler une partie de l’inculture intellectuelle, mais aussi de l’inculture manuelle (si les diplômes sont nécessaires, des diplômes de bon sens et de logique devraient également exister).

Les « bâtisseurs de cathédrales » et autres, n’étaient pas des intellectuels à proprement parler, mais étaient pourvus de bon sens, de logique, de créativité, de culture et d’intelligence manuelle. Ils nous ont légué un riche patrimoine visité par de très nombreux touristes chaque année, ainsi qu’un important patrimoine exposé dans les musées, des arts premiers aux arts contemporains.

Un pays comme la France ne peut pas se permettre de négliger le potentiel de valeur de chacun. La formation sur le terrain est capitale et la polyvalence inévitable, car la mondialisation ne laissera aucune chance aux personnes sans qualification ni capacité d’adaptation.

Raymond Denancé (2007)